PITTI UOMO 2015

Depuis 1972 la ville de Florence subit un spectacle étonnant qui s’y déroule deux fois par an. Des personnes de sexe masculin – pour la grande majorité – débarquent dans la capitale toscane accoutrées  de manière plus ou moins élégante. Certains ont pour objectif de figurer dans les célèbres planches d’univers de style dirigées par Scott Schumann  ou Tommy Ton. D’autres viennent assister à la présentation de collections qui donneront les tendances mode masculine pour les six mois à venir. C’est ce cocktail de fashionistos d’une part et le duo acheteurs-rédacteurs d’autre part qui composent le Pitti Uomo, la grande messe de la mode masculine mondiale.  Pour cette dernière édition 2015, nous avons arpentés les 59000 mètres carrés de l’exhibition pour vous rapporter nos coups de cœur. Andiamo!

(30 photos dans cet article) 

ROBERTO CAVALLI

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L’entreprise Roberto Cavalli est constamment sous la menace d’un rachat par un fond d’investissement russe depuis quelques temps. C’est peut-être cette pression constante de rachat qui explique pourquoi la maison florentine s’est surpassée en proposant une de ses meilleurs présentation depuis très longtemps. La collection masculine d’une rare sobriété – chez Cavalli – reprend les atouts fondateurs de la marque ; le leitmotiv étant la couleur noire. Cette dernière se retrouve dans la plupart des silhouettes, mais elle est rehaussée par des motifs jacquards ton sur ton. Les pantalons et les accessoires sont travaillés de manière à rappeler l’archétype Cavalli au travers de patchworks plus légers et discrets que d’habitude. Le dandy ultra rock est de retour! Il y a encore quelque temps l’homme Cavalli n’aurait pas hésité à verser dans un look plus grungy, mais il semblerait qu’il ait pris de la maturité et du style. On aime.

On adore aussi le travail soigné apporté aux tissus comme les chevrons qui recouvrent les manteaux et les tricots ornementaux d’une densité exceptionnelle. Cette collection envoie un message clair à tous ceux qui s’attendaient à voir le travail extravagant de maroquinerie florentine qui a fait le succès de cavalli : passez votre chemin! L’excentricité s’est concentrée sur une petite poignée de manteaux luxuriants en fausse fourrure.

Certaines silhouettes arboraient un message imprimé de manière très lisible sur des rubans noirs : EMPATHY et NO BOUNDS. Cette initiative – décidée au dernier moment – faisait écho aux collections de Matthew Miller et Alexander McQueen qui avaient utilisés le même procédé quelques semaines plutôt. Une nouvelle tendance?

 

BOTTEGA VENETA

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Tomas Maier – directeur artistique de Bottega Veneta – déclare avoir puisé son inspiration pour la dernière collection de la marque dans  » The Creative life  » : un concept qui s’inspire du design de l’utile. L’homme qu’il souhaitait pour cette nouvelle exhibition « ne pense au vêtement que pour son utilité : il fait froid, je mets un cardigan. » Cette absence d’obsession du beau au profit de l’utile produit un mélange savant de matière et de couleurs. Toute la force de cette collection est dans cette habilité quasi perverse qu’à Maier à rendre sophistiqué n’importe quelle pièce banale, en y apportant un mariage dont lui seul a le secret. La philosophie du vêtement qui raconte une histoire parce qu’il a vécu est entièrement assumée.

Il est certain qu’au moment de nommer les couleurs portées lors de cette collection, les méninges des assistants ont dû chauffer. Le pourpre est devenu « le byzantin », l’orange devient « le kaki », le gris, « l’ardoise » et le rose, « le mauve ». Cette subjectivité renforce encore plus l’empreinte de l’artiste et son envie de s’approprier le quotidien pour mieux le détourner dans sa fameuse « Creative Life ». La nonchalance artistique allait de paire avec les pièces faites sur mesure : un costume croisé,  une veste aux motifs pieds-de-poule une autre aux motifs de chevron. Ceci rajoute une âme haute couture à l’esprit arty des pièces. Il suffirait alors d’un peu d’imagination pour voir les jeunes hommes des années 60 au travers des cheveux ébouriffés et des silhouettes des modèles proposés par Maier. Un mélange subtile du design nordique – le bon – et de la chaleur artistique du sud. On adore.

 

MARNI

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Le célèbre sculpteur Marino Marini et le musicien experimental Panda Bear ont donné le ton du défilé Marni qui a eu lieu à Florence pendant Pitti Uomo. Les sculptures équestres abstraites du premier planaient sur le catwalk-musée, tandis que le titre electro-psychédelique « Boys Latin » du deuxième rythmait les pas des modèles.

La collection était une adjonction du beau et du primitif. Les tuniques richement colorées – comme d’habitude chez Marni – réalisés en daim ont apporté un coté sculptural à la gallérie de silhouettes. Les fentes et les fermetures éclairs sont discrètes et indispensables dans la sophistication des looks. Les trenchs surdimensionnés et les manteaux sans cols, rajoutent un caractère détendu à l’homme Marni. La fourrure – qui est décidément ultra tendance – se déclinait en Alpaga, en mouton retourné apportant une dose de bestialité. Un bémol, tout de suite rattrapé par la précision et la robustesse de la couture, et les jeux de patchworks colorés.

Consuelo Castiglioni nous livre une collection sans fil conducteur. Il n’y a aucune réelle tendance qu’on peut retenir de ce défilé – même si c’est le seul endroit où on a vu des mannequins porter des pantalons pattes d’eph – Cependant, plusieurs pièces, en particulier les manteaux sans cols, étaient assez remarquables à elles seules, au point de faire de cette collection un coup de coeur.

 

Cywane.

 

 

Crédits photos : Pitti imagine, Marcus Tondo ; Kim Weston ; Gianni Pucci.

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