Le Congo se fait une beauté à la Fondation Cartier pour l’art contemporain

Initialement prévue du 11 juillet au 15 novembre 2015, la Fondation Cartier pour l’art contemporain prolonge l’exposition « Congo Kitoko – Beauté Congo » jusqu’à janvier 2016 pour cause de succès! Conçue par le commissaire général André Magnin, cette exposition est une occasion unique de découvrir la singulière vitalité artistique de la République Démocratique du Congo de 1926 à nos jours à travers ses peintres, musiciens, maquettistes, et dessinateurs. Une véritable immersion dans un imaginaire riche, coloré et à certains égards mystiques.

vue de lexpo

Cette expérience qui se veut anti chronologique, est une balade dans les grands mouvements de l’art congolais. Elle s’ouvre sur l’art populaire, sur la jeune génération des années 2000 pour se terminer avec les précurseurs des années 20.

Traversé par le fleuve Congo, ce pays des grands lacs de plus de 2 millions de km2, est une ex-colonie belge qui a connu l’assassinat de son 1er premier ministre, 32 ans de dictature sous Mobutu et qui est encore secoué par des troubles politiques. Une histoire mouvementée voire triste qui a donné un art vivant, coloré et gai.

Tout commence avec la rencontre entre Georges Thiry, fonctionnaire belge et connaisseur de l’art moderne et les villages africains. Il découvrît les peintures de certaines cases dans la localité de Bukama au Katanga, puis au Kasai Occidental. Fasciné, il fournit du papier et de l’aquarelle aux auteurs de dessins. C’est ainsi que naquirent les carrières artistiques d’Albert et d’Antoinette Lubaki et de Djilatendo, précurseurs de ce mouvement artistique congolais. Avec la complicité de Gaston-Denys Périer – amateur d’art belge – l’art figuratif des Lubaki ainsi que les tableaux de Djilatendo facilement reconnaissable avec ses formes géométriques et ses couleurs vives, furent exposés à Bruxelles, Genève, Rome, Paris de 1929 à 1936 aux côtés d’artistes tels que René Magritte ou encore Paul Delvaux. Les traces de ces artistes ont malheureusement disparu dans les années 40.

Antoinette LubakiAntoinette Lubaki

DjilatendoDjilatendo

Après cette période, l’art congolais ne va cesser de se réinventer, de bousculer les conventions et faire émerger des talents qui vont inspirer de nombreux artistes dans le monde.

La peinture à l’aquarelle se développe et les techniques aussi. On coupe les pinceaux pour avoir des traits plus affutés, une plus grande fluidité dans le dessin. Ces changements s’opèrent dans « l’atelier du Hangar », plus connu comme l’école d’Elisabethville (aujourd’hui Lumumbashi).

Fondé en 1946 par un peintre français Pierre Romain-Desfossés, « l’atelier du Hangar » était un laboratoire d’audace et de créativité, un lieu où les artistes pourraient laisser libre cours à leur imagination et non les astreindre aux règles de la peinture européenne. On y découvre une diversité de techniques : la peinture au doigt de l’artiste Bela, Pilipi Mulongoy qui comble les espaces vides de cercle coloré, ce qui donne des formes tout en rondeur, ou encore Mwenze Kibwanga qui coupe ses pinceaux pour avoir des traits plus précis.

atelier du hangarL’atelier du Hangar

Le résultat est bluffant : des grandes fresques de nature très réalistes et très colorées, des rites africains représentés avec beaucoup de réalisme.

belaBela

A la mort de son fondateur en 1954, l’atelier du Hangar est intégré à l’académie des Beaux-arts d’Elisabethville (aujourd’hui Lumumbashi) et continue à faire émerger des talents tels que Muntu dont les tableaux ont certainement inspiré Keith Haring.

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mode muntuMode Muntu, le calendrier lunaire luba

Raphael KalelaRaphael Kalela

Au milieu des œuvres des architectes maquettistes futuristes Bodys Isek Kingelez et Rigobert Nimi, s’illustrent les photographies de Jean Whisky Depara, d’Ambroise Ngaimoko ou d’Oscar Memba Freitas. Réalisées entre les années 50 et 70, la série de « portraits de Kinshasa » traduit l’ambiance pré et post indépendance, un témoignage de la vivacité et de la ferveur qui animaient la ville de Kinshasa ainsi que des mouvements sociaux qui traversaient la société.

Avec notamment les illustrations d’athlètes, de sapeurs de l’époque, ou même de troupes musicales comme Moziki, association féminine pour l’émancipation de la femme congolaise.

jean WhiskyPhotographie de Jean Whisky Depara du groupe Moziki

On ne peut pas parler de la vitalité de l’art congolais sans parler de la musique congolaise. L’exposition est ponctuée d’interludes musicaux qui racontent les réalités de la vie. Ils ne servent pas qu’à créer une ambiance, ils renforcent l’impact et permettent une meilleure compréhension des œuvres. On est entrainé par la rumba de Tabu Ley Rochereau, les rythmes de Mbilia Bel, le soukouss de Papa Wemba & Wengé Musica ou encore le « Mascara » de Fabregas.

Dans les années post indépendance, Kinshasa – Kin-La belle – devenue la capitale, devient aussi l’épicentre du mouvement culturel congolais. On sort de la bulle de l’atelier pour aller dans la vie quotidienne. Ses rues, ses nuits inspirent une nouvelle génération d’artistes, peignant au départ des tableaux publicitaires. Ils vont se faire appeler « les peintres populaires ».

Révélés par l’exposition Art Partout de 1978 à l’académie des Beaux Arts de Kinshasa, les artistes comme Moki, Pierre Bodo, Cheri Chérin ou encore Chéri Samba sont des pionniers de ce mouvement.

MokiMoki

A la différence de leurs aînés qui s’inspiraient parfois de la tradition européenne, les peintres populaires abordent des thèmes beaucoup plus politiques, sociétaux et font part de leur vision du monde. Ainsi Pierre Bodo voit les sapeurs en oiseaux de drôle d’augure, Chéri Chérin montre « les nouveaux maitres du monde », Cheick Lady ou Chéri Samba confronte l’injustice de la guerre à l’innocence d’un enfant.

Pierre BodoPierre Bodo

Cheri CherinChéri Chérin, les nouveaux maîtres du monde

Cheri SambaChéri Samba

C’est le mouvement le plus connu de l’art congolais. Les tableaux sont hauts en couleurs, ornés de paillettes avec des superpositions de matériaux. Les tableaux parlent aux visiteurs, nous invitant à réfléchir, les personnages qu’ils contiennent ironisent sur leur situation, questionne les visiteurs.

Des artistes comme Mosengo Shula ou encore le jeune Mika forment la deuxième génération de ce mouvement. Ils nous projettent dans l’espace, dans une Afrique futuriste, énergique, toujours très colorée avec un brin de nostalgie.

Mosengo TshulaMosengo Tshula

MikaMika

Le collectif Eza Possible (Kura Shomali ou Pathy Tshindele), ou encore les artistes comme Steve Bandoma, Sammy Baloji sont la nouvelle génération qui vient enrichir la scène kinoise. Avec des œuvres basées sur des photomontages confrontant l’histoire coloniale et l’histoire contemporaine, les mélanges de matériaux, des compositions excentriques faites de tâches d’encre et d’éclaboussures de peinture, on pourrait dire que c’est l’ère du « Pop art » congolais.

Sammy BalojiSammy Baloji

Kora ShomaliKora Shomali

Patsy TshindelePatsy Tshindele

Cette exposition est une plongée dans un monde vibrant, vivant, coloré, dynamique et impertinent. Bien référencé et claire, on en ressort plus cultivé, submergé d’émotions et plein d’énergie positive. Si vous voulez en savoir plus sur l’art congolais, la librairie de la fondation propose une collection de livres, d’auteurs, de photographies autour du Congo.

Pour le Commissaire Magnin, « l’art congolais n’appartient qu’à lui-même. […] Cet art s’appréhende par la connivence des regards. » Vous pouvez néanmoins avoir Plus d’info : ici pour vous assurer une bonne dose d’African Stamina!

 

Sissy.

 

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